L'Unil caresse le rêve d'un sommeil profond à la demande
Une étude publiée dans Nature neurosciences permet de mieux comprendre les mécanismes du sommeil profond. Un pas de plus vers la constitution d'un pôle de compétence international à Lausanne et vers l'espoir de médicaments mieux ciblés.
Durant la nuit, le sommeil passe du stade superficiel au stade profond en fonction du rythme des «battements» du cerveau. Une étude vient de mettre en évidence les cellules qui sont responsables de régler cette fréquence.
Bien dormi? C'est sans doute parce que les canaux potassiques de vos dendrites sont en pleine forme... Par l'observation du cerveau de la souris, une équipe de l'Université de Lausanne vient de mettre en évidence le rôle que jouent certaines cellules spécifiques dans la qualité du sommeil.
Cette étude, publiée dans l'édition de juin de Nature neurosciences, constitue l'aboutissement du travail de doctorat effectué au Biozentrum de Bâle par Lucius Cueni. Sa directrice de thèse, la neurophysiologue Anita Lüthi, a rejoint récemment l'Université de Lausanne afin de diriger un groupe du Département de biologie cellulaire et de morphologie, installé près du CHUV.
Un pôle en formation
«Cet engagement s'inscrit dans notre ambition d'établir à Lausanne un centre d'excellence dans le domaine du sommeil», relève Mehdi Tafti, professeur au Centre intégratif de génomique (CIG) de l'Unil et directeur du Laboratoire du sommeil du CHUV. Avec son équipe, il avait réussi à isoler au début de cette année un gène jouant un rôle de premier plan dans la régulation du taux de calcium dans le cerveau. «Cet élément chimique constitue un véritable «fil conducteur» dans toutes les recherches concernant le sommeil», précise le chercheur. En parallèle, le groupe de son collègue Paul Franken s'intéresse particulièrement à l'interaction du sommeil et des rythmes biologiques. A ce titre, il a également participé à la recherche conduite par Anita Lüthi.
Avec l'arrivée de cette dernière à Lausanne, la palette des compétences lémaniques en la matière vient donc de s'élargir. Son expertise concernant les cellules qui sont en jeu dans les mécanismes du repos manquait encore au «pool» des chercheurs dévolus à la compréhension de cette activité largement méconnue, malgré le fait qu'elle occupe le tiers de la vie de chacun. «Les résultats obtenus par l'équipe d'Anita Lüthi sont extrêmement importants, ajoute Mehdi Tafti. Mais nous cherchons encore un spécialiste fondamental du sommeil humain. Pour avancer, nous devons pouvoir couvrir tous les champs du domaine.»
«Bouton de réglage»
Ceux-ci mettent en lumière le rôle central et coordonné de trois composants des dendrites, les «portes d'entrée» des neurones: deux «canaux» et une «pompe ionique». Ils entrent en concurrence lorsqu'il s'agit de régler le niveau de calcium dans ces cellules. «Cette compétition est responsable de faire «battre» le cerveau à une certaine fréquence, un peu comme le cœur, précise la chercheuse. A chacune de ces impulsions, les dendrites sont remplies de calcium, puis celui-ci est «traité», vraisemblablement pour régénérer des cellules. Or le sommeil profond correspond à certains rythmes d'oscillation bien définis.»
Ces composants peuvent ainsi être considérés comme un «bouton de réglage du sommeil». Leur étude permettra de mieux comprendre le rôle du sommeil profond sur les mécanismes d'apprentissage et de mémorisation, avant, peut-être, de trouver le moyen d'agir directement sur ce «bouton». Et de caresser ainsi le rêve d'un sommeil profond «à la demande». «Les médicaments existants prolongent surtout la durée du sommeil superficiel. Notre approche permettrait au contraire d'agir sur la qualité du repos», conclut Anita Lüthi.
Informations complémentaires : http://www.24heures.ch/pages/home/24_heures/l_actu/vaud/detail_vaud/(contenu)/232981